Le détonitien ne fait pas trembler les experts
mardi 5 mai 2009 à 17:01, Procès AZF

Les experts judiciaires (photo) ne changent pas un iota à leur rapport. Ils qualifient l'analyse de Michel Lefebvre de "cours de salon".
A 15h48, l'audience reprend.
Le président du tribunal, Thomas Le Monnyer, interroge le "sachant" de la défense: "Pour en revenir à l'analyse, différente de celle des experts judiciaires, que vous faites. J'ai compris de votre intervention que si la personne mal intentionnée décide d'utiliser le NAI pour initier le tas de nitrates, il fallait une quantité d'explosifs moins importante que celle indiquée par les experts judiciaires. Avez-vous procédé à des essais? D'où avez-vous tiré votre présentation?"
Michel Lefebvre : "L'ensemble de ma réflexion se base sur des tests préalables. Je n'ai pas trop développé.. Je pourrai y revenir plus tard. J'ai utilisé des tests classiques de laboratoire avec 5 ou 6 kilos de nitrates. J'ai étudié essentiellement l'effet de confinement".
Le président : "Vous partez du principe que le NAI est peu confiné, vous avez dit qu'il suffisait d'enfouir la charge dans cinquante centimètres de nitrates. On est bien d'accord. Il n'y a pas d'enveloppe autour de la charge?"
M. L. : "Non. S'il y a une enveloppe de confinement, c'est moins performant. Si on veut ramener la charge moins confinée, il faut imaginer des charges plus complexes".
Me Alain Levy (partie civile) : "Je demande que la jurisprudence du tribunal s'applique cet après-midi. Les documents et les propos de M.Lefebvre ne sont pas dans le dossier. Nous souhaiterions poser plus tard des questions à M. Lefebvre. A vous, M.le président, de décider la date".
Me Jean-Luc Forget (partie civile) : "Est-il prévu que les experts judiciaires réagissent?"
Le président : "Je pensais leur donner la parole après".
Le procureur : "il y a un problème de méthodologie. La première partie de l'exposé de M.Lefebvre ne figure pas dans le dossier. L'ordonnance de renvoi date de juillet 2007. Avez-vous eu une nouvelle mission de la part de Grande Paroisse?"
M. L. : "Mes réflexions se sont terminées cette nuit à une heure du matin. Les tests dont je vous ai parlés, il y en a qui sont antérieurs... On est plutôt dans le formel. Ceci est une réflexion que j'ai démarrée suite à la lecture du dossier".
Le procureur insiste : "La deuxième partie de votre réflexion est dans le dossier. D'accord. Mais pas la première. Avez-vous eu une mission dernièrement de la part de Grande Paroisse?"
M. L. : "Je vais dire oui. Quand j'ai reçu le document final, l'expertise finale, on m'a demandé effectivement de réfléchir à la question. Et j'ai réfléchi jusqu'à maintenant".
Le procureur : "Donc, vous avez eu une nouvelle mission".
Me Soulez-Larivière (défense) proteste.
Le procureur : "Le rapport final des experts date de 2006. Il y a vraiment une stratégie de la défense. La défense aurait pu informer les parties civiles. On aurait demandé dès l'ouverture du procès aux experts de répondre".
Michel Lefebvre revient sur son affirmation : "Je ne vois pas pourquoi on dit qu'il y a une deuxième mission. J'ai reçu le dernier document et j'ai réfléchi sans nouvelle mission de M.Biechlin".
Le président :"Vous n'êtes pas le seul à avoir réfléchi et à avoir évolué".
Me Mauricia Courrégé (défense) : "Vous faites une différence entre le NAA et le NAI. Cela fait quoi en équivalent TNT?"
M. L. : "Le NCL3 étant très faible, on va être dans les dix, vingt kilos".
Le président : "Dans l'idée que j'ai retenu des travaux des experts, ce n'est pas du NCL3 pur, mais enrichi... On est dans le stimulus, le détonateur, un début de booster".
M.L. : "Qu'est-ce-que le NCL3 imprégnant le nitrate? On y reviendra".
Me Courrégé : "Les experts nous avaient dit que le NCL3 se diffusait. Y-a-t-il des explosifs qui se diffusent sous forme liquide?"
M. L. : "Je n'ai pas très bien compris... J'ai constaté que le fonctionnement du NCL3 (...)
Le président : "Vous parviendrez peut-être mieux que moi à convaincre Me Courrégé qu'il est un peu tôt pour aborder ce sujet".
M. L. : "Les exposifs liquides, cela existe, oui. Dans les aéroports, on ne peut plus porter sa bouteille d'eau. Pour les explosifs gazeux...".
Le président demande aux experts judiciaires de s'approcher.
Daniel Van Schendel intervient : "M. Lefebvre a des compétences indéniables. Son exposé est un cours de salon. Il reprend les principes généraux de pyrotechnie que l'on connaît bien. Sur la présentation, il n'y a pas d'anomalie. M.Lefebvre a repris les diamètres critiques que nous avons abordés la semaine dernière : "400 mm pour le NAI, on était à peu près d'accord. Quand au confinement, on partage son approche. Il a fait des essais avec confinement fort, il a fait la différence entre auto-confinement. Il a bien dit que des tubes en carton ne présentaient pas de confinement. Le tir de M.Bergues n'était pas confiné. Il a dit que le NAI n'est pas un explosif, mais un comburant, on est d'accord. Mais quand on rentre dans un sujet plus pratique, on a estimé, évalué, que la charge explosive intentionnelle qui aurait pu engager le comburant, on a parlé de produit pur, était de 43Kg de TNT. On a parlé de nitrate-fuel à 53 kg : la puissance intrinsèque du TNT et du nitrate-fuel n'est pas la même. Pour en venir à un cas d'attentat, il fallait avoir le nombre de litres nécessaires pour mettre le fuel dans les deux tas de 500 kilos pour en faire un Anfo. Quant au TATP? nous ne sommes pas d'accord".
Le président : "La grande différence que je vois dans vos travaux, c'est la quantité d'explosifs. Vous partez de 40 kilos. Lui parle d'une quantité moins importante".
DVS : "Le NAI était plus ou moins mélangé dans le stockage principal. Il était méconnaissable. Personne ne pouvait savoir où se trouvait le NAI par rapport au NA. Dans tous les cas, il fallait mettre la charge à coeur".
Claude Calisti : "S'agissant de ce que nous a exposé M.Lefebvre, un exposé de qualité, je retiens une chose dans sa conclusion générale : il n'est pas impossible de faire détoner, même si c'est peu probable, cette masse de nitrates. Nous, nous restons sur la base du TNT, sur ces quantités qui sont issues d'études de Bauer, Paterson. Il est vrai que le nitrate agricole a peut-être évolué. Au niveau des anti-mottants. Pour nous, la référence que fait M.Lefebvre à ce relais nitrate-fuel n'existe pas. S'agissant des analyses post-explosions, j'ai fait observer à M.Lefebvre que les laboratoires de police scientifique savent très bien identifier les résidus de TATP lorsque les prélèvements sont faits rapidement. Il en est convenu".
Le président :" La dernière fois, vous nous avez dit qu'en 2001, les laboratoires ne savaient pas identifier les résidus de TATP".
C. C. : "Oui,c 'est vrai. Sur les essais de M.Lefebvre, avec des confinements sévères, je ne sais pas si on peut transposer ces essais à AZF. Je reste sur ma réserve. Je n'ai pas ses certitudes. Lorsqu'il dit qu'on ne retrouve aucune trace d'explosif qui n'a pas détoné, je n'en suis pas sûr non plus. Si cette charge de 45 kilos avait été disposée dans le box, je ne suis pas convaincu que l'on n'ait rien retrouvé. M. Lefebvre a écrit que très souvent il y a des parties de la charge explosive qui ne détone pas et qu'on peut retrouver".
Le président : "Aurait-on retrouvé quelque chose dans l'hypothèse où 43 kilos auraient été placés dans la partie principale du stockage?"
C. C. : "Non. Je ne voudrais pas me ridiculiser en fin de carrière. Je pense que dans ce cas, on n'aurait pas retrouvé des traces d'explosifs".
Jean-Luc Geronimi : "Notre rapport ne s'appuie pas seulement sur une démarche analytique. Il y a la procédure, l'étude sur le terrain, les prélèvements. J'ai relevé une contradiction dans les propos de M.Lefebvre. Il dit que le TATP se sublime, c'est donc qu'on l'a enfermé dans un conteneur. On a tout de même prélevé 600 kilos de matériaux et effectué des frottis. On n'a rien trouvé".
Le président demande aux experts si dans les attentats récents, les enquêteurs ont retrouvé des traces d'explosifs.
C.C. : "La dernière affaire sur laquelle j'ai travaillé était l'attentat commis à Beyrouth contre M. Hariri. La charge était estimée à plus d'une tonne. L'explosif a été identifié. Comme dans de nombreux cas, l'étude de témoignages, l'examen de videos a permis d'identifier la voiture qui a explosé au passage de M. Hariri".
Le président : "On recherche le booster".
C.C. : "J'ai quand même signalé que dans cette matrice de nitrate d'ammonium, on a retrouvé des ions chlorure et des ions sodium. Les analyses sont très pointues".
Jean-Luc Geronimi : "Dans un attentat... Pardon, dans une explosion comme celle d'AZF, il était impossible de retrouver un détonateur".
DVS : "M. Lefebvre parle de détonateur en carton. Dans notre expérience, on a rencontré beaucoup de détonateurs artisanaux, mais fabriqués par des spécialistes militaires... Nous ne retenons pas davantage aujourd'hui l'hypothèse d'un attentat".
Claudie Viaud, vice-procureur : "Pour que l 'acte volontaire ait pu marcher, il fallait viser le NAI et un certain confinement. Ce qui veut dire que la charge ne pouvait être déposée que dans le box. Le mélange dans le tas principal n'aurait rien donné. Cette détonation dans le box, étudiée par M. Lefebvre, n'est-elle pas en contradiction avec ce qu'il a dit sur l'examen du cratère, puisqu'il avait estimé que l'explosion était partie du tas principal de nitrates? "
Me Mauricia Courrégé (défense) pose des questions aux experts judiciaires pour savoir s'ils se sont référés à des travaux, et lesquels, pour déterminer la masse d'explosifs nécessaire à l'amorçage du tas de nitrates. Elle demande à M.Lefebvre si le TATP était forcément dans un emballage métallique.
Les experts judiciaires : "L'emballage métallique n'était pas nécessaire. En fonction de sa fabrication, du mode de purification, le TATP peut cristalliser en cristaux sensibles à la friction, au choc. La manipulation de grosses quantités de TATP n'est pas aussi évidente.
Claude Deharo : "Après 2005, le TATP est devenu moins à la mode, et d'autres explosifs ont été utilisés. On peut se poser la question de savoir pourquoi".
DVS : "Ce n'est pas une substance sécurisée pour celui qui la manipule".
Michel Lefebvre :" On a trouvé plus facile à faire".
C. C. : "Je ne partage pas votre point de vue. Pouvez-vous me préciser, en terme de sensibilité, si ces explosifs sont plus sensibles ou moins sensibles que le TATP"?
M. L. : "Je ne vais pas épiloguer. On est passé du TATP à autre chose, parce que c'est plus facile à mettre en oeuvre".
Me Mauricia Courrégé (défense) pose une question à Michel Lefebvre :" Les experts ont donné des réponses différentes sur les reliquats que l'on peut trouver après plusieurs jours de pluie".
M. L. : "J'ai été surpris de l'exemple choisi, l'avion qui s'est crashé en mer pour contrer ce que j'avais dit. Chacun appréciera".
C. C. : "J'ai cité ce qui avait été fait".
Me Soulez-Larivière (défense) : "Leur expérience, c'est avec du nitrate industriel?"
VDS : "Il y avait du NA".
Me Soulez-Larivière : "Les experts se souviennent-ils de la date à laquelle ils ont fait des frottis?"
D. D. : "Les prélèvements ont été réalisés le 10 octobre, et les analyses ont été faites dans les semaines qui ont suivi".
Me Soulez-Larivière demande à Michel Lefebvre si des prélèvements effectués aussi tardivement présentent un intérêt.
M. L. : "Les prélèvements ont été faits le 10 octobre. Vingt jours après l'explosion , les chances de retrouver quelque chose étaient égales à zéro".
D. D. : "Sur le TATP, j'avais indiqué qu'il était quasiment impossible d'en retrouver". Dominique Deharo rappelle le laboratoire de police scientifique a retrouvé des traces d'explosifs quinze jours après un attentat commis en Bretagne. Un autre expert judiciaire souligne qu'il a été appelé pour un expertise plusieurs mois après un attentat.
M. L. :"Puisque mon exposé fait un peu trop salon, je reviendrai la prochaine fois avec des tests".
Le débat se termine à 17 heures.
Un nouvel expert vient à la barre.
Le président du tribunal, Thomas Le Monnyer, interroge le "sachant" de la défense: "Pour en revenir à l'analyse, différente de celle des experts judiciaires, que vous faites. J'ai compris de votre intervention que si la personne mal intentionnée décide d'utiliser le NAI pour initier le tas de nitrates, il fallait une quantité d'explosifs moins importante que celle indiquée par les experts judiciaires. Avez-vous procédé à des essais? D'où avez-vous tiré votre présentation?"
Michel Lefebvre : "L'ensemble de ma réflexion se base sur des tests préalables. Je n'ai pas trop développé.. Je pourrai y revenir plus tard. J'ai utilisé des tests classiques de laboratoire avec 5 ou 6 kilos de nitrates. J'ai étudié essentiellement l'effet de confinement".
Le président : "Vous partez du principe que le NAI est peu confiné, vous avez dit qu'il suffisait d'enfouir la charge dans cinquante centimètres de nitrates. On est bien d'accord. Il n'y a pas d'enveloppe autour de la charge?"
M. L. : "Non. S'il y a une enveloppe de confinement, c'est moins performant. Si on veut ramener la charge moins confinée, il faut imaginer des charges plus complexes".
Me Alain Levy (partie civile) : "Je demande que la jurisprudence du tribunal s'applique cet après-midi. Les documents et les propos de M.Lefebvre ne sont pas dans le dossier. Nous souhaiterions poser plus tard des questions à M. Lefebvre. A vous, M.le président, de décider la date".
Me Jean-Luc Forget (partie civile) : "Est-il prévu que les experts judiciaires réagissent?"
Le président : "Je pensais leur donner la parole après".
Le procureur : "il y a un problème de méthodologie. La première partie de l'exposé de M.Lefebvre ne figure pas dans le dossier. L'ordonnance de renvoi date de juillet 2007. Avez-vous eu une nouvelle mission de la part de Grande Paroisse?"
M. L. : "Mes réflexions se sont terminées cette nuit à une heure du matin. Les tests dont je vous ai parlés, il y en a qui sont antérieurs... On est plutôt dans le formel. Ceci est une réflexion que j'ai démarrée suite à la lecture du dossier".
Le procureur insiste : "La deuxième partie de votre réflexion est dans le dossier. D'accord. Mais pas la première. Avez-vous eu une mission dernièrement de la part de Grande Paroisse?"
M. L. : "Je vais dire oui. Quand j'ai reçu le document final, l'expertise finale, on m'a demandé effectivement de réfléchir à la question. Et j'ai réfléchi jusqu'à maintenant".
Le procureur : "Donc, vous avez eu une nouvelle mission".
Me Soulez-Larivière (défense) proteste.
Le procureur : "Le rapport final des experts date de 2006. Il y a vraiment une stratégie de la défense. La défense aurait pu informer les parties civiles. On aurait demandé dès l'ouverture du procès aux experts de répondre".
Michel Lefebvre revient sur son affirmation : "Je ne vois pas pourquoi on dit qu'il y a une deuxième mission. J'ai reçu le dernier document et j'ai réfléchi sans nouvelle mission de M.Biechlin".
Le président :"Vous n'êtes pas le seul à avoir réfléchi et à avoir évolué".
Me Mauricia Courrégé (défense) : "Vous faites une différence entre le NAA et le NAI. Cela fait quoi en équivalent TNT?"
M. L. : "Le NCL3 étant très faible, on va être dans les dix, vingt kilos".
Le président : "Dans l'idée que j'ai retenu des travaux des experts, ce n'est pas du NCL3 pur, mais enrichi... On est dans le stimulus, le détonateur, un début de booster".
M.L. : "Qu'est-ce-que le NCL3 imprégnant le nitrate? On y reviendra".
Me Courrégé : "Les experts nous avaient dit que le NCL3 se diffusait. Y-a-t-il des explosifs qui se diffusent sous forme liquide?"
M. L. : "Je n'ai pas très bien compris... J'ai constaté que le fonctionnement du NCL3 (...)
Le président : "Vous parviendrez peut-être mieux que moi à convaincre Me Courrégé qu'il est un peu tôt pour aborder ce sujet".
M. L. : "Les exposifs liquides, cela existe, oui. Dans les aéroports, on ne peut plus porter sa bouteille d'eau. Pour les explosifs gazeux...".
Le président demande aux experts judiciaires de s'approcher.
Daniel Van Schendel intervient : "M. Lefebvre a des compétences indéniables. Son exposé est un cours de salon. Il reprend les principes généraux de pyrotechnie que l'on connaît bien. Sur la présentation, il n'y a pas d'anomalie. M.Lefebvre a repris les diamètres critiques que nous avons abordés la semaine dernière : "400 mm pour le NAI, on était à peu près d'accord. Quand au confinement, on partage son approche. Il a fait des essais avec confinement fort, il a fait la différence entre auto-confinement. Il a bien dit que des tubes en carton ne présentaient pas de confinement. Le tir de M.Bergues n'était pas confiné. Il a dit que le NAI n'est pas un explosif, mais un comburant, on est d'accord. Mais quand on rentre dans un sujet plus pratique, on a estimé, évalué, que la charge explosive intentionnelle qui aurait pu engager le comburant, on a parlé de produit pur, était de 43Kg de TNT. On a parlé de nitrate-fuel à 53 kg : la puissance intrinsèque du TNT et du nitrate-fuel n'est pas la même. Pour en venir à un cas d'attentat, il fallait avoir le nombre de litres nécessaires pour mettre le fuel dans les deux tas de 500 kilos pour en faire un Anfo. Quant au TATP? nous ne sommes pas d'accord".
Le président : "La grande différence que je vois dans vos travaux, c'est la quantité d'explosifs. Vous partez de 40 kilos. Lui parle d'une quantité moins importante".
DVS : "Le NAI était plus ou moins mélangé dans le stockage principal. Il était méconnaissable. Personne ne pouvait savoir où se trouvait le NAI par rapport au NA. Dans tous les cas, il fallait mettre la charge à coeur".
Claude Calisti : "S'agissant de ce que nous a exposé M.Lefebvre, un exposé de qualité, je retiens une chose dans sa conclusion générale : il n'est pas impossible de faire détoner, même si c'est peu probable, cette masse de nitrates. Nous, nous restons sur la base du TNT, sur ces quantités qui sont issues d'études de Bauer, Paterson. Il est vrai que le nitrate agricole a peut-être évolué. Au niveau des anti-mottants. Pour nous, la référence que fait M.Lefebvre à ce relais nitrate-fuel n'existe pas. S'agissant des analyses post-explosions, j'ai fait observer à M.Lefebvre que les laboratoires de police scientifique savent très bien identifier les résidus de TATP lorsque les prélèvements sont faits rapidement. Il en est convenu".
Le président :" La dernière fois, vous nous avez dit qu'en 2001, les laboratoires ne savaient pas identifier les résidus de TATP".
C. C. : "Oui,c 'est vrai. Sur les essais de M.Lefebvre, avec des confinements sévères, je ne sais pas si on peut transposer ces essais à AZF. Je reste sur ma réserve. Je n'ai pas ses certitudes. Lorsqu'il dit qu'on ne retrouve aucune trace d'explosif qui n'a pas détoné, je n'en suis pas sûr non plus. Si cette charge de 45 kilos avait été disposée dans le box, je ne suis pas convaincu que l'on n'ait rien retrouvé. M. Lefebvre a écrit que très souvent il y a des parties de la charge explosive qui ne détone pas et qu'on peut retrouver".
Le président : "Aurait-on retrouvé quelque chose dans l'hypothèse où 43 kilos auraient été placés dans la partie principale du stockage?"
C. C. : "Non. Je ne voudrais pas me ridiculiser en fin de carrière. Je pense que dans ce cas, on n'aurait pas retrouvé des traces d'explosifs".
Jean-Luc Geronimi : "Notre rapport ne s'appuie pas seulement sur une démarche analytique. Il y a la procédure, l'étude sur le terrain, les prélèvements. J'ai relevé une contradiction dans les propos de M.Lefebvre. Il dit que le TATP se sublime, c'est donc qu'on l'a enfermé dans un conteneur. On a tout de même prélevé 600 kilos de matériaux et effectué des frottis. On n'a rien trouvé".
Le président demande aux experts si dans les attentats récents, les enquêteurs ont retrouvé des traces d'explosifs.
C.C. : "La dernière affaire sur laquelle j'ai travaillé était l'attentat commis à Beyrouth contre M. Hariri. La charge était estimée à plus d'une tonne. L'explosif a été identifié. Comme dans de nombreux cas, l'étude de témoignages, l'examen de videos a permis d'identifier la voiture qui a explosé au passage de M. Hariri".
Le président : "On recherche le booster".
C.C. : "J'ai quand même signalé que dans cette matrice de nitrate d'ammonium, on a retrouvé des ions chlorure et des ions sodium. Les analyses sont très pointues".
Jean-Luc Geronimi : "Dans un attentat... Pardon, dans une explosion comme celle d'AZF, il était impossible de retrouver un détonateur".
DVS : "M. Lefebvre parle de détonateur en carton. Dans notre expérience, on a rencontré beaucoup de détonateurs artisanaux, mais fabriqués par des spécialistes militaires... Nous ne retenons pas davantage aujourd'hui l'hypothèse d'un attentat".
Claudie Viaud, vice-procureur : "Pour que l 'acte volontaire ait pu marcher, il fallait viser le NAI et un certain confinement. Ce qui veut dire que la charge ne pouvait être déposée que dans le box. Le mélange dans le tas principal n'aurait rien donné. Cette détonation dans le box, étudiée par M. Lefebvre, n'est-elle pas en contradiction avec ce qu'il a dit sur l'examen du cratère, puisqu'il avait estimé que l'explosion était partie du tas principal de nitrates? "
Me Mauricia Courrégé (défense) pose des questions aux experts judiciaires pour savoir s'ils se sont référés à des travaux, et lesquels, pour déterminer la masse d'explosifs nécessaire à l'amorçage du tas de nitrates. Elle demande à M.Lefebvre si le TATP était forcément dans un emballage métallique.
Les experts judiciaires : "L'emballage métallique n'était pas nécessaire. En fonction de sa fabrication, du mode de purification, le TATP peut cristalliser en cristaux sensibles à la friction, au choc. La manipulation de grosses quantités de TATP n'est pas aussi évidente.
Claude Deharo : "Après 2005, le TATP est devenu moins à la mode, et d'autres explosifs ont été utilisés. On peut se poser la question de savoir pourquoi".
DVS : "Ce n'est pas une substance sécurisée pour celui qui la manipule".
Michel Lefebvre :" On a trouvé plus facile à faire".
C. C. : "Je ne partage pas votre point de vue. Pouvez-vous me préciser, en terme de sensibilité, si ces explosifs sont plus sensibles ou moins sensibles que le TATP"?
M. L. : "Je ne vais pas épiloguer. On est passé du TATP à autre chose, parce que c'est plus facile à mettre en oeuvre".
Me Mauricia Courrégé (défense) pose une question à Michel Lefebvre :" Les experts ont donné des réponses différentes sur les reliquats que l'on peut trouver après plusieurs jours de pluie".
M. L. : "J'ai été surpris de l'exemple choisi, l'avion qui s'est crashé en mer pour contrer ce que j'avais dit. Chacun appréciera".
C. C. : "J'ai cité ce qui avait été fait".
Me Soulez-Larivière (défense) : "Leur expérience, c'est avec du nitrate industriel?"
VDS : "Il y avait du NA".
Me Soulez-Larivière : "Les experts se souviennent-ils de la date à laquelle ils ont fait des frottis?"
D. D. : "Les prélèvements ont été réalisés le 10 octobre, et les analyses ont été faites dans les semaines qui ont suivi".
Me Soulez-Larivière demande à Michel Lefebvre si des prélèvements effectués aussi tardivement présentent un intérêt.
M. L. : "Les prélèvements ont été faits le 10 octobre. Vingt jours après l'explosion , les chances de retrouver quelque chose étaient égales à zéro".
D. D. : "Sur le TATP, j'avais indiqué qu'il était quasiment impossible d'en retrouver". Dominique Deharo rappelle le laboratoire de police scientifique a retrouvé des traces d'explosifs quinze jours après un attentat commis en Bretagne. Un autre expert judiciaire souligne qu'il a été appelé pour un expertise plusieurs mois après un attentat.
M. L. :"Puisque mon exposé fait un peu trop salon, je reviendrai la prochaine fois avec des tests".
Le débat se termine à 17 heures.
Un nouvel expert vient à la barre.
Ecrit par : Sabine Bernède






Commentaires
1. Le mercredi 6 mai 2009 à 00:14, par Et Basta!
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